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L'édition, autrement  !...

 

Catherine HÉRAULT

PORTRAIT D'UNE GRANDE MUSICOLOGUE

Catherine HÉRAULT est musicologue, spécialiste des polyphonies vocales du XVIe siècle, humaniste, conférencière, enseignante, concertiste, cheffe de chœur ; ses compétences artistiques sont multiples et très appréciées. Sa carrière riche et passionnante peut être déclinée en 7 points, les 7 piliers sur lesquels elle s’est appuyée tout au long de sa vie : le talent, le travail, la recherche, la pédagogie, la transmission, le rayonnement, l’engagement citoyen.

Talent et travail :

            Dès l’âge de 5 ans, elle se fait remarquer par ses capacités à chanter juste et elle se produit déjà en soliste sur la scène pour les fêtes des écoles qu’elle fréquente à Bordeaux. Très jeune, elle assiste à des Opéras, concerts, ballets et opérettes en compagnie de ses parents au Grand Théâtre de Bordeaux. Elle en mémorise dès la fin du spectacle les principaux airs et les restitue avec une facilité déconcertante. Il lui arrive aussi de chanter en duo avec son père des airs d’opérettes à l’occasion des fêtes familiales.

            À 9 ans, elle  frappe à la porte du Conservatoire de Bordeaux où elle suit des cours de solfège et piano. À 13 ans, elle intègre la classe de harpe du conservatoire, et à 16 ans la classe de chant.  Dès son entrée en classe de sixième, sa belle voix de soprano  est remarquée par son professeur de musique qui n’hésite pas à l’intégrer dans sa chorale d’adultes pour interpréter « les danses Polovstiennes »  du « Prince Igor » d’Alexandre Borodine en concert avec l’orchestre de Bordeaux Aquitaine !

            En classe de seconde elle décide de faire de la musique son métier puisqu'elle choisit la série A3 avec musique matière principale, comme la philo. Après avoir eu son bac, elle se retrouve en faculté de Musicologie à Tours où elle prépare une Licence. Elle participe à la chorale universitaire avec laquelle elle fait des tournées de concerts en région, en interprétant les grandes œuvres du répertoire classique : Messe en Ut et Magnificat de J.S. Bach, Requiem de Fauré, œuvres de la Renaissance, etc. Bien sûr, elle continue le chant et la harpe en cours supérieurs au conservatoire de Tours, ce qui l’entraine à assumer un travail rigoureux soutenu. Comme elle aime à le répéter, « la musique, c’est l’école de l’exigence absolue, de l’endurance, mais c’est aussi l’expérience de la beauté ».

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            Durant toutes ces années, elle va développer ses capacités vocales en se perfectionnant dans tous les répertoires auprès de grands maîtres : de la renaissance à la musique contemporaine en passant par le baroque, le classique, le romantisme, la comédie musicale, le jazz, ce qui va lui permettre durant toute sa vie de chanter en soliste sur toutes les scènes.

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              En faculté, elle s’est initiée à la direction de chœur et cette pratique va devenir pour elle une passion. Soucieuse de poursuivre sa formation personnelle, elle participe à des stages, congrès et universités d’été de musiques contemporaines où elle se forme auprès des  plus grands compositeurs du XXe siècle : Pierre Boulez, Henri Dutilleux, Henri Pousseur, Jonathan Harvey, mais aussi dans le domaine de l’improvisation en  Jazz avec Didier Levallet et Christiane Legrand (la sœur de Michel), et celui de l’esthétique Baroque à La Chaise Dieu. Grâce à son charisme, elle va faire chanter des milliers de gens dans tous les répertoires. Elle a dirigé de grandes œuvres pour chœur, orchestre et solistes comme le Gloria de Vivaldi, Didon et Enée de Purcell, le De profundis de De Lalande, Le Messie de Haendel, ou le Requiem de Mozart par exemple.

 

Catherine herault1Recherche :

            Son parcours de formation se poursuit après la Licence au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance à Tours où elle se plonge dans la recherche musicale avec comme sujet : « Les canons énigmatiques dans les recueils de Tielman Susato au XVIe siècle ». En parallèle, elle finance ses études en tant que Maître auxiliaire en collège et assure pour la première fois des cours de musique  devant des élèves. Elle soutient brillamment son mémoire de Master qui lui vaudra par la suite nombre de communications, citations dans d’autres thèses, et autres conférences.

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            La passion de la recherche ne la quittera plus puisqu’elle s’inscrit quelques années plus tard à l’École Normale Supérieure de Paris pour préparer un DEA, puis un Doctorat de musicologie sur le compositeur Jean De Latre (1509 -1563), et ainsi devenir une spécialiste des musiques vocales polyphoniques franco-flamandes du XVIe siècle. C’est à ce titre qu’elle a été sollicitée pour être publiée dans l’encyclopédie internationale de musicologie Musik in Geschichte und Gegenwart des éditions Bärenreiter.

Pédagogie :

            A 24 ans, elle décide de passer le concours d’entrée de l’éducation nationale pour devenir « professeur d’éducation musicale et de chant choral », concours nommé CAPES qu’elle obtient facilement. La même année elle se marie et prend alors le nom de Catherine Neaud-Hérault. Elle devient l’année suivante maman pour la première fois.

            Titularisée professeur d’abord en collège, elle poursuit sa carrière au lycée Jean Macé de Niort où elle enseigne en options de spécialités Musique et Histoire des Arts et options facultatives. Avec ses élèves, elle élabore de nombreux projets de concerts en partenariats avec des artistes locaux, mais aussi avec des chefs d’orchestre de renom comme Philippe Herreweghe ou Alain Lombard pour la création du Roi David d’Arthur Honegger avec l’orchestre de Bordeaux-Aquitaine.

Lombard

            La chorale du Lycée Jean Macé devient sous sa direction une « institution », et elle l’entraine ainsi hors de France pour des concerts dans le cadre de projets européens : en Italie, en Irlande, mais aussi en Grèce dans le cadre d’un partenariat tripartite avec la Suède. Les élèves des trois pays se retrouvent au Lycée Jean Macé pour un concert inoubliable !

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      L’atrium du Lycée est à nouveau plein lorsque résonnent les kénas et charengos du Groupe America Canta qu’elle a sollicité pour accompagner ses lycéens et adultes de la chorale LA DO RE, dans l’interprétation de la Missa Criola de Ramirez. Quelques années plus tard, c’est avec une compagnie des Arts de la rue, les Grooms, qu’elle entraine ses lycéens à chanter des extraits de Rigoletto de Verdi pour un spectacle à Niort.

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            Tout en assurant son enseignement à temps complet, elle décide de s’inscrire à une formation qualifiante destinée à lui permettre d’enseigner à des élèves en situation de handicap : le 2CA-SH. Ainsi, elle choisit d’associer la Musique à l’Autisme, et chaque semaine, elle expérimente ses compétences auprès d’adolescents concernés par cette pathologie. Ses résultats sont au-delà des espérances puisqu’elle a permis, entre autres, à une élève autiste de 12 ans, muette depuis la naissance, de trouver sa voix.

            Un contexte personnel difficile (divorce) l’oblige à abandonner son poste au lycée et la contraint à se lancer un défi : devenir personnel de direction dans le cadre de l’éducation nationale, par détachement. Elle est recrutée par le Directeur du CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) de Toulouse qui lui confie la responsabilité pédagogique et financière du CDDP (centre départemental de documentation pédagogique) de l’Aveyron à Rodez ! Pendant trois ans, elle va multiplier les actions culturelles, éditoriales, documentaires tout en assurant une gestion saine de l’entreprise puisqu'elle se retrouve avec quinze personnes sous sa direction. Ses productions éditoriales innovantes sont toujours rééditées depuis son départ !

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            Au regard de son dynamisme et de ses compétences artistiques, elle est chargée de la mise en œuvre du plan pour les Arts et la Culture en Midi-Pyrénées et elle devient Chargée de mission auprès du DAAC de l’Académie de Toulouse. Elle met ainsi en synergie la DRAC, l’éducation nationale, les professionnels et les associations pour créer trois Pôles de ressources : chant choral, cinéma et photographie. Elle crée également le plus grand rassemblement de projets artistiques en lycées professionnels de France à l’espace Diagora  de Toulouse intitulé « Créatif 2002 » où elle met en scène plus de 1000 élèves.

            Les élections de 2002 sonnent le glas du plan pour les Arts et la Culture à son grand désespoir, aussi elle se lance un nouveau défi : la direction d’un établissement scolaire. C’est ainsi qu'elle se retrouve détachée comme principale-adjointe au collège de Lavelanet en Ariège, puis à Ayguesvives à côté de Toulouse. Fidèle à ses convictions de permettre au plus grand nombre d’accéder à la culture, et surtout pour des élèves situés en ZEP, elle élabore, dès tes prises de fonctions, un projet de partenariat avec le Théâtre du Capitole de Toulouse. Ainsi, une cinquantaine d’élèves vont découvrir les ateliers de fabrication de décors et de costumes de ce grand théâtre, et assister à la générale de l’opéra Le Barbier de Séville. Assister à un opéra fut pour eux une révélation et un souvenir inoubliable. Depuis cette date, ce partenariat perdure entre l’établissement et le théâtre du Capitole.

            Transmission :

            Elle se plait à dire que la musique, comme les autres arts, « n’est qu’un outil au service de la transmission du savoir-être.  Au-delà des savoirs et savoir-faire, les lycéens apprennent le sens de l’effort, le savoir-être nécessaire à la pratique collective où chaque investissement individuel enrichit la production d’ensemble. À travers le bonheur partagé, l’éducation musicale ambitionne de former des citoyens » !

            La culture traditionnelle, quelle que soit sa forme : chanson, conte, théâtre, récit est aussi pour elle un patrimoine immatériel à défendre parce que venu de très loin dans le temps, par transmission orale le plus souvent ! Aussi, elle est mise au défi par l’UPCP-Métive de Parthenay (Union pour les cultures populaires) de créer un évènement autour de la langue maternelle en région Poitou-Charentes, ce qu’elle fait le 20 février 2008 pour la première fois dans le cadre de la journée internationale des langues maternelles décrétée par l’UNESCO. Depuis, elle organise chaque année dans des lieux différents, ces rencontres de chanteurs, conteurs, auteurs, acteurs venus des quatre départements ainsi que de Vendée autour de cette date.  À La Ronde en Charente-Maritime, ce fut le déclic pour créer une nouvelle association « Passeurs de parlanjhes », en mémoire de sa famille qui parler le « patois » d’Aunis qu’elle aime écouter et pratiquer encore aujourd’hui.

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Catherine 60 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rayonnement :

            Ses nombreuses productions de concerts de qualité et sa direction très appréciée font qu’elle a acquis une notoriété qui lui vaut d’être recrutée par Jean Louis Foulquier pour être la cheffe de chœur de Léo Ferré aux Francofolies en 1987. Quelle folie et quel enthousiasme ! Folie les répétitions avec l’orchestre symphonique d’Ars Nova dirigé par Léo Ferré tandis qu’elle dirige les 150 choristes, mais quelle intensité ! Folie, l’immense podium sur la place Saint-Jean d’Acre, les projecteurs par centaines, l’énorme sono, les écrans géants, les milliers de spectateurs, les artistes qu’elle côtoie comme Jacques Higelin, Nicole Croisille, Francis Lalanne, mais quelle magie ! Réalité, l’instant de grâce du concert !

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              Ses qualités rédactionnelles lui valent d’être régulièrement publiée dans des mensuels et revues spécialisées pour lesquels elle rédige des articles qui  couvrent plusieurs domaines : musique, littérature, histoires des Arts, patrimoine.

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        La pédagogie est source inépuisable de recherches, aussi est-elle sélectionnée pour participer à un programme européen de comparaison des systèmes éducatifs en présence de délégués de 10 pays dans le cadre du programme Arion en Sicile. Elle en conclut qu’il est urgent de prendre ce qu’il y a de meilleur dans chaque pays ! Une évidence, mais tellement difficile à mettre en œuvre !

            En 2009, elle participe à un autre séminaire européen à Chypre dans le cadre des projets Grundtwig « Learning in later life » grâce aux actions intergénérationnelles qu’elle a menées depuis de nombreuses années.  Il faut pour elle changer les mentalités, les comportements, car chaque génération peut enrichir l’autre et  faire que chacun soit donneur et receveur de savoirs.

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           Au bout de 36 ans de carrière au service de l’éducation nationale, de l’esprit de citoyenneté et de défense, elle reçoit une récompense bien méritée : elle est nommée Chevalier dans l’ordre des palmes académiques.Cat 5

Engagement citoyen :

            Le 7e pilier de sa vie est l’engagement citoyen. Depuis la naissance de son 2e enfant en 1981, elle n’a jamais cessé de donner bénévolement de son temps et de ses compétences aux autres, sans distinction d’âge ou de conditions sociales, et le plus souvent dans un cadre associatif. Humaniste convaincue, elle a toute sa vie privilégié les relations humaines pour les échanges, le partage, la transmission.

            La solidarité, la fraternité, l’égalité des chances sont bien sûr les valeurs qui priment depuis toujours pour elle. Aussi, avec chacune de ses chorales, elle ne laisse jamais passer une occasion de soutenir de grandes causes humanitaires par un concert : Unicef, ATD quart-monde, lutte contre le cancer, Valentin Huy, Un enfant, un cartable, etc..

            Unicef                Sa première création d’association est naturellement une chorale pour adultes amateurs du nom de « Chante-Pezenne ». Pendant une dizaine d’années, elle va entrainer ce chœur dans des aventures musicales toujours plus exigeantes et gratifiantes au travers de très nombreux concerts en région et jumelages. Avec son habilitation de « metteur en scène de groupes vocaux » obtenue, elle met en valeur l’interprétation des œuvres par une chorégraphie adaptée comme dans sa création « Ambiances » au Moulin du Roc à Niort. La chanson est pour elle un genre à part entière et elle veut faire de chaque interprétation une œuvre d’art, un tableau.

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            Les directions d’ensembles vocaux vont alors se cumuler avec les mêmes exigences et des productions nombreuses et variées: chorale La Do Ré de, Passeurs de Voix, L’humour est dans le chant, avec lesquelles elle s’illustre dans des répertoires qui vont de la Renaissance aux œuvres du XXIe siècle partout en Région.

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           C’est à partir d’octobre 2009 qu’elle intègre le dispositif Éducation nationale-Défense nommé Cadets de la Défense comme cheffe de chœur à l’ENSOA de Saint-Maixent; elle ne l’a pas quitté depuis. « La pratique du chant et les activités de créativité musicale renforcent la confiance en soi, nécessitent la pratique collective, le respect de l’autre, pour ensemble s’élever par l’effort ».

           Cadets de la de fense Cet engagement citoyen lui fait vivre une expérience unique en 2010 : elle dirige cent vingt soldats (3 bataillons) pour l’interprétation de La Marseillaise devant le ministre de la Défense en poste Hervé Morin et le Général Legrand, à l’occasion de l’inauguration de la place d’armes de l’ENSOA de Saint-Maixent, devant un public venu nombreux !

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            La citoyenneté, les valeurs de la République qu’elle a martelées à travers ses créations, ses actions, son implication au sein du Trinôme académique, ses activités à l’ENSOA l’ont naturellement conduite à parfaire ses connaissances dans le domaine de la Défense Nationale. C’est ainsi qu’elle entreprend une formation en 2014 pour devenir « Auditeur » à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale en brillante compagnie ! Son statut d’Auditeur de la promotion « Capitaine N’Tchoréré » fut validé par arrêté ministériel du 13 janvier 2015. Déléguée Défense de la Charente-Maritime et référente laïcité, elle intègre la réserve citoyenne de l’Éducation Nationale. Elle est également aujourd’hui Déléguée régionale IHEDN du Trinôme académique de Poitiers.

Une vie réussie:

            Et malgré ce parcours professionnel impressionnant, quand on lui demande quelle est sa plus belle réussite, elle répond sans hésitation : « mes enfants », et sa plus grande joie : « mes petits-enfants » !

L'interview sur Hélène FM Surgères

La musicologue Catherine Hérault sur les ondes d'Hélène FM, le 30.07.2021

 

COUVERTURE DU LIVRE

JEAN DE LATRE
(1505-1565)
De l'ombre à la lumière...

Le lieu et la date de naissance de Jean de Latre demeurent un mystère. Ce dont nous sommes sûr en revanche, c’est que sa carrière ne connaitra pas l’échec et qu’il travaillera toute sa vie au service des cours princières des Pays-Bas, côtoyant les musiciens les plus réputés et les poètes les plus en vogue. Décrit comme célébrissime Maître de chant et Apollon  de la musique par ses contemporains, on peut s’étonner du fait qu’il soit resté dans l’oubli pendant près de cinq-cents ans malgré la richesse de ses compositions profanes et sacrées. Musicien humaniste et grand rhétoriqueur, Jean de Latre s’exprime à travers ses œuvres avec les notes mais aussi avec les mots. Témoin d’une époque très agitée par les guerres de religion mais fertile sur le plan artistique nommée Renaissance, sa vie embrasse l’histoire. Première monographie écrite à ce jour sur cet immense compositeur, vous pourrez mesurer, à travers ces découvertes, l’importance de la création musicale dans l’histoire de la pensée humaine en la rapportant aux formes historiques et sociale de la musique. Un ouvrage qui met en lumière un grand compositeur franco-flamand du XVIe siècle resté dans l’ombre jusqu’ici, et dont vous ressortirez « éclairés» tels des initiés !

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AVANT-PROPOS

Celuy n’est digne de voyr la douce lumière du soleil
qui ne fait honneur à la Musique           

            Livre des Meslanges, Ronsard, 1560

Jean de Latre (1505-1569) a occupé une place fondamentale dans la vie artistique de Liège et des Pays-Bas méridionaux durant la première moitié du XVIe siècle. Maître de chant de collégiales, et Maître de chapelle de la Cour de Georges d’Autriche, compositeur de nombreuses œuvres religieuses et profanes, comblé de commandes, l’artiste fut très jeune à la tête d’une des plus grandes Maîtrises de l’époque. Profondément imprégné par la tradition franco-flamande et le style imitatif syntaxique qui la caractérise, Jean de Latre montrera une extraordinaire capacité à intégrer, de manière personnelle et inventive, les influences les plus modernes de son époque, à savoir celles des écoles françaises et italiennes. 

En parcourant, dans les principales bibliothèques et collections européennes, les manuscrits et recueils imprimés de la Renaissance, le chercheur ne peut manquer d’être frappé par un lieu commun : les sources italiennes, espagnoles  mais aussi, en un degré moins prononcé, françaises et allemandes, fourmillent d’œuvres de musiciens originaires des Pays-Bas. Il est donc conforme à la réalité historique de parler d’un phénomène d’expansion artistique exceptionnel. De nombreux artistes ont suivi les cours des souverains catholiques Charles Quint et François Ier. Musicien des Princes et prince des musiciens, Jean de Latre fait partie de cette mouvance. Aussi, bien que l’essentiel de sa vie se situe à Liège, nous ne pouvons ni affirmer, ni infirmer qu’il n’ait aussi séjourné en France, en Espagne ou en Italie où ont été répertoriées certaines de ses compositions. 

L’histoire artistique d’un compositeur est très souvent liée aux contingences politiques, religieuses ou sociales qui l’entourent. Cette vérité, s’applique à la période que nous allons considérer, à savoir la première moitié du XVIe siècle renaissant, qui contraste avec la seconde généralement connue sous le nom de « siècle des malheurs ». Ses dernières décennies de guerres continuelles, d’insécurité et d’instabilité politique de l’Europe n’ont pas complètement réduit au silence le domaine musical.

 

Cet ouvrage aborde les différents domaines de création de Jean de Latre (chansons françaises, chansons flamandes, madrigaux, motets, Lamentations), mais également le milieu dans lequel il a évolué, en insistant sur son activité comme musicien de Cour, et témoin de son temps sensible aux évènements dramatiques de son époque. Humaniste et compositeur, Jean de Latre fait de la musique son moyen d’expression au service de ses contemporains. Jouissant d’une grande notoriété auprès d’eux, injustement tombé dans l’oubli pendant près de cinq cents ans, une étude complète de sa vie et de son œuvre s’impose, car nous avons la ferme conviction qu’elles méritent toute notre attention.

Présentant l’ensemble des informations biographiques connues à ce jour, incluant le corpus détaillé des sources classées chronologiquement et leurs origines géographiques1, des extraits musicaux, quelques fac-similés, et des éléments stylistiques qui prouvent que ce compositeur est digne de paraître au panthéon des grands musiciens du XVIe siècle, cet ouvrage fait également office de monographie de référence consacrée à l’artiste, venant ainsi combler une lacune dans le monde de l’édition.

 

Auteur de nombreux textes de ses chansons, mais aussi de dédicaces et prologues en préface des publications qui lui sont consacrées, ses écrits sont des témoignages précieux sur sa nature autant que sur ses conditions de vie. Le dépouillement de rares documents d’archives tels que les comptes des collégiales d’une part, (la plupart des archives le concernant à Liège ont été brulées lors de la dernière guerre mondiale), et les éloges adressés ou consacrés au compositeur par ses contemporains ont été riches d’informations sur sa personnalité. Trois raisons principales ont motivé  ce travail de recherche : des éléments biographiques discordants et manquants ; une œuvre abondante non répertoriée dont l’attribution est confuse ; le fait que ce musicien se présente comme une figure paradigmatique des compositeurs de cette époque.

(…)

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INTRODUCTION

Escoutez- le chanter, ô vous des siècles futurs....10

         Comment ne pas être interpellé par la dernière phrase de cette épitaphe en l’hommage de Jean de Latre gravée sur une plaque de marbre dans la Buurkerk (Église) d’Utrecht ?

       Grand professionnel de la musique tant dans l’art de la composition que celui de la direction de chœur, doué d’une belle voix et virtuose, Petit Jean aspire toute sa vie à devenir célèbre et reconnu pour son talent. Un détail cependant le complexe : sa petite taille ! Il l’exprime ainsi dans le poème de cette chanson :

            Donné me fut des cieulx a ma naissance
            Un tout seul point pour me faire douloir
           Cest une basse & petite puissance
           
En un grand cueur remply de grand vouloir.

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De Latre, Donné me fut des cielx, voix de supérius, Neuviesme livre, Paris, Attaingnat, 1540

            Le troisième et le quatrième vers du poème sont construits sur des antithèses que l’on peut interpréter comme une allusion personnelle à son physique. Cette chanson est publiée à Paris en 1540 par Pierre Attaingnant11, et l’année suivante à Lyon par Jacques Moderne12. Première des chansons à caractère biographique identifiée, elle lève les confusions causées par les homophonies évoquées précédemment, et explique le surnom de « Petit Jean » qui lui est attribué dans de nombreuses publications. C’est le cas en ce qui concerne les deux motets parus en 1547 chez Susato13ainsi que la fantaisie pour luth publiée en 1548 par Phalèse14 sur la chanson Vivray-je toujours entelle peine. Cette particularité physionomique se retrouve également renseignée dans son épitaphe gravée en 1569 : Petit Jean dort ici à l’abri de la petite stèle où est gravée cette épitaphe, lui dont le tombeau tient peu de place mais qui, par l’art de sa musique, fut le plus grand des maîtres de chant.

            Compositeur adulé des plus hautes autorités de son époque, il faut vraisemblablement chercher le paradoxe de ce long séjour dans l’ombre dans la confusion qu’engendre la popularité de son nom au XVIe siècle : « Petit Jean » et « De Latre » : Johanne de Latre vulgari cognomento Petit Jan (Jean de Latre, communément appelé Petit Jean) 15. Selon les éditions, son patronyme se présente en effet sous les formes suivantes : Petit Jan, Petit Jean, P. Jehan, Petit Jean de Latre, Petit Jean de latere, de Lattre, Delatre, Maistre Jehan de Latre, De Lattre, Delatre, De Latere, Laetrius, l’orthographe des noms propres étant variable à cette époque. Citons, pour exemple, deux titres d’ouvrages exclusivement consacrés à ses compositions:

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Page de titre du sixième livre, Louvain, Phalèse, 1555

Sixieme livre des chansons a quatre parties, nouvellement composez et mises en musique par Maistre Iehan de Latre… imprime a Louvain pâr Pierre Phalese, pour luy et Martin Rotaire, Lan M. D. LV.

Cantionum musicarum, quae diversis vocibus diversoque idiomate Gallico et Teutonico omnibus instrumentis musicis attemperatae sunt, liber unus primum in lucem editus. Autore M. Johanne de Latre vulgari cognomento Petit Janceleberrimi chori Amersfordiani Archimusico, Düsseldort, Johannes Oridrysus et Albert Buys, 1563.

            La graphie Jean de Latre semble la plus courante et confirme le vrai nom de ce musicien. Le manuscrit retrouvé à Saragosse16, datant de la seconde moitié du XVIe siècle, mentionne même une œuvre de Latre / Petit Jean de Lambre, appellation sans doute liée à la parlure locale. En outre, rien qu’au sein du milieu musical, durant la période ciblée, nous avons relevé dans diverses sources une dizaine de surnoms semblables. Il s’agit de Maistre Jhan (1485-1545) édité surtout en Italie de 1519 à 1545 et souvent associé à Joannes Gallus ( publié de 1538 à 1557); Jhan Gero édité de 1538 à 1561, confondu avec Jan le Cocq (publié de 1544 à 1554); Olivier de Latre mentionné de 1539 à 1556; François de Lattre, chanoine de la cathédrale d’Amiens en 1553, Henri Petit Jean (+1550), Jacques Petit Jean (+ 1617) qui pourrait être le fils de notre compositeur; Claude Petit Jean de Latre (+1589 ) Maître des enfants de la cathédrale de Metz et couronné au Puy de musique d’Évreux en 1576.17

            Ces homonymies expliquent les nombreuses erreurs biographiques qui ont été relevées, ainsi que les fausses attributions d’œuvres. À titre d’exemple, certaines biographies datant du XIXe siècle, dont celle d’Henri Florenty Delmotte, bibliothécaire à Mons 18, ont créé une confusion entre Petit Jean de Latre et Roland de Lassus, erreur qui sera reprise plusieurs fois au siècle suivant. Il a été ainsi démontré que plusieurs œuvres de Jean de Latre ont été faussement attribuées à d’autres compositeurs contemporains. Pour preuve, le motet Justum deduxit publié par Ulhard sous le nom de Crecquillon en 1548 19 est le même que celui proposé par Susato dans les éditions de 1553 20 attribué à Petit Jean de Latre. C’est encore sous ce nom qu’est éditée, après sa mort, la chanson En attendant le confort de mamye en 1567, 1570, 1573 et 1576 21, alors qu’elle est signée Petit Jean dans les nombreux autres recueils de Waelrant et Phalèse de son vivant22. D’autres œuvres font l’objet de semblables erreurs, comme le motet O Bone Jesu 23 faussement attribué à Roland de Lassus.

            Faisant suite aux investigations menées à Liège au siècle dernier par José Quitin en particulier, les expertises mises en œuvre et révélées dans cet ouvrage dévoilent non seulement des aspects insoupçonnés de la personnalité de Jean de Latre, mais confirment surtout l’authenticité du répertoire présenté24. Son catalogue situé en fin de recueil est une source d’informations précieuses pour tous les mélomanes.

Monocorde

EXTRAITS DU LIVRE

Page 69 : Ses chansons à quatre parties, convenables tant aux instruments comme à la voix, s’adressent aussi bien aux nobles qu’aux nombreux bourgeois amateurs de musique. C’est un genre dont la fonction est de divertir, en famille ou entre amis, et où le plaisir d’être interprète est plus grand que celui d’être auditeur.

Page 82 : De toutes les compositions profanes de Jean de Latre, la chanson Comme la Rose est celle qui a connu le plus grand succès avec pas moins de vingt-huit réimpressions. Publiée pour la première fois en 1560 par Phalèse, elle ne cesse, dès lors, d’être intégrée à de nombreuses anthologies de chansons éditées à Louvain, Anvers, Douai, mais aussi Amsterdam jusqu’en 1663, soit presque cent ans après sa mort ! Des versions pour luth sont également éditées ainsi que des versions traduites en néerlandais44. Mais pourquoi une telle célébrité ?

Cette œuvre repose sur un poème anonyme dont le thème est un éternel lieu commun si bien célébré par Ronsard dans son Ode à Cassandre : Mignone, allons voir si la rose, elle-même mise en musique par Costeley. Aucune concordance n’ayant été relevée dans les éditions littéraires du XVIe siècle, il n’est pas interdit de supposer que ce poème soit de Petit Jean de Latre. Le texte, écrit en décasyllabes, comprend deux quatrains :

Comme la rose se perd en peu d’espace

Ainsi le taint et la beauté mondaine

En peu de temps se consomme et se passe

Et n’a pour vray qu’une durée soudaine.

Or donc m’amye en beauté tant humaine

De ta beauté et naturelle grace

Prenons plaisir et liaisse certaine

Avant le temps qu’un tel bien nous defface

 

Comme la rose (Arr. for Guitar) - YouTube

 

                         Page 87 : L’écriture homophonique, la limpidité des cadences trahissent une volonté de séduire un certain auditoire dont les goûts sont plus tournés vers les musiques « nouvelles » venues de Paris ou d’Italie. Habile compositeur depuis ses débuts, étant au fait des évolutions stylistiques et des mœurs, Jean de Latre maîtrise à la perfection les subtilités de la création musicale pour l’adapter aux besoins de ses commanditaires. 

Page 97 : Il faut s’imaginer ces Lamentations résonnant sous les voûtes d’une cathédrale, avant l’aube, chantées par des musiciens engagés du plus profond d’eux-mêmes, pour lesquels les trois jours au triduum avaient une signification réelle et douloureuse. Assimilées aux motets, les vingt-deux Lamentations de Jérémie composées par Jean de Latre présentent une structure musicale conçue comme l’amplification du texte littéraire ancien. Elles sont à l’origine l’œuvre d’au moins trois auteurs différents entre 587 et 539 avant Jésus-Christ, livre prophétique évoquant la ruine de Jérusalem et la captivité de Babylone par les Chaldéens de Nabuchodonosor. Cette catastrophe étant le thème central du texte, les versets sont modelés par le rythme de la complainte funèbre, la qênah, qui juxtapose un hémistiche bref à un hémistiche long. Les quatre premiers chapitres sont des acrostiches alphabétiques, chaque hémistiche d’une série de six commençants paraleph, puis beth, etc, procédés à la fois mnémotechniques et incantatoires. Les versions latines du XVIe siècle ont laissé en exergue de chaque verset la lettre sémitique concernée, occasion pour le compositeur de laisser libre cours à sa veine élégiaque.

Ces Lamentations de Jérémie ont été composées en 1554 selon les préceptes qui gouvernaient la liturgie de la principauté de Liège fidèle au choix imposé par le Concile de Trente (1548-1563). Il a pris cependant la liberté de faire coïncider leur nombre avec celui des lettres de l’alphabet hébraïque, à savoir vingt-deux. Le premier jour en comprend sept, le second cinq, et le troisième neuf. Chaque journée comporte trois « lectio » régulièrement ponctuées par un verset emprunté à Osée (14, 2) faisant office de refrain : Jerusalem, Jerusalem, convetere ad Dominum Deum tuum (Jerusalem, Jerusalem, reviens au Seigneur ton Dieu).

Lamentationes De Latre - YouTube

 

Page 107 : Jean de Latre construit l’œuvre comme un ensemble de voix entièrement solidaires ; il ne les invente pas l’une après l’autre, mais les conçoit simultanément dans leur globalité verticale. Leur développement se meut dans les limites d’un art raisonnable, plus intelligemment pensé que spontané. Même s’il use d’une écriture imitative syntaxique entre les voix comme ciment de la structure interne de l’œuvre, l’imitation alterne avec des passages plus libres où l’effectif sonore perd de sa massivité. La pureté de son génie mélodique et une singulière grandeur d’expression lui assignent une place auprès des meilleurs de toutes les époques.

Le motet Qualis est dilecta mea, publié à Anvers par Waelrant & Laet en 1555 dans le second livre des Sacrarum cantionum (vulgo moteta vocant) quinque et sex vocum ad harmoniam, en est un bel exemple :

 

Jean de Latre | Qualis est dilecta mea - Singer Pur - YouTube

 

       

SOUSCRIPTION ET CARACTERISTIQUES DE L'OUVRAGE

Caractéristiques de l'ouvrage :

JEAN DE LATRE

Livre au format 15x21, 250 pages environ, agrémenté de plusieurs partitions et d'iconographies, dos carré collé.

Proposé à la souscription au prix de 18,00€ jusqu'à fin mai 2021 puis à 20€. Parution prévue mi-juin 2021.

 

Pour souscrire : 

Bulletin de souscription 3 jean de latre 3Bulletin de souscription 3 jean de latre 3

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EXTRAITS MUSICAUX JEAN DE LATRE

En attendant

Comme la rose
Donné me fut
Qualis est dilecta mea
Lamentations
O bone Jesu

Date de dernière mise à jour : 01/10/2021